Introduction :
Israël / Palestine : pourquoi réagir à un nouveau texte ?
La question israélo palestinienne est extrêmement complexe et chargée d’émotion, autant en Europe que dans le Moyen Orient. L’ACO doit-elle se préoccuper de ces questions ? Très souvent, trop souvent, l’émotion en fait ne concerne ni la politique ou les souffrances des israéliens ni les souffrances des palestiniens et les injustices subies par eux, mais bien des problèmes non résolus d’antisémitisme ancien ou récent, d’islamophobie, d’intégration de l’islam en Europe, etc… Devant la complexité des faits et les passions soulevées, il est plus facile de se taire.
Il n’est pas possible de dire que les bons sont d’un côté et les méchants de l’autre. Mais voilà que des voix amies s’élèvent, que des chrétiens palestiniens que nous connaissons parlent de manière forte, pour dire leur souffrance, dans un document intitulé « kairos ». Le comité de l’ACO a décidé de se positionner par rapport à ce texte.
Certes, nous ne sommes pas d’accord avec toutes ses affirmations, ainsi, le comité, contrairement à la Cimade, estime que les mesures de boycott seraient contreproductives. Nous devons à nos sœurs et frères dans la foi en Palestine l’écoute de leurs souffrances et un échange en vérité. Nous avons envoyé le texte qui suit à nos partenaires. Nous invitons aujourd’hui nos lecteurs à des actes simples : s’informer, prier, et, lorsque c’est possible, rendre visite aux sœurs et frères dans la foi, et encourager tous les artisans de paix.
On peut trouver le texte intégral de Kairos Palestine sur le site du COE http://www.oikumene.org . Il y a de vives discussions sur ce document sur le site http://www.chretiensdelamediterranee.com.
Thomas Wild
Le document Kairos-Palestine :
la réaction de l’Action Chrétienne en Orient
En décembre 2009, des chrétiens palestiniens de premier rang ont exprimé de manière forte, sereine et réfléchie leur conviction que le temps était venu d’en appeler au monde pour dire leur souffrance, leur indignation, leur soif de justice et leur espérance. Ce texte a été communiqué à Bethléem. Rédigé par des particuliers, il a été ratifié par la plupart des Églises en Palestine. Il marque comme péché devant Dieu l’occupation des terres palestiniennes et les brimades qui sont infligées au peuple palestinien. Ce texte nous embarrasse, chrétiens européens. Mais comme les juifs du monde entier, et notamment de France, ne veulent se désolidariser des juifs en Israël, nous ne pouvons et ne voulons pas nous désolidariser des chrétiens présents en Palestine.
Il s’agit clairement d’une prise de position émise par des chrétiens. Nous retenons de ce document qu’il évite de placer la question sur le terrain d’un conflit entre religions. Il est simplement question de justice pour ceux qui ont à subir une humiliation et une injustice permanentes.
L’occupation progressive de la terre palestinienne, la confiscation des ressources en eau, le blocus de Gaza ne sont ni justes ni défendables : surtout pas par des arguments théologiques ! Un certain sionisme chrétien est un contre témoignage. Il identifie l’Israël politique, ambigu comme tout état humain et l’Israël biblique, objet des promesses de Dieu. Il légitime avec des arguments théologiques un comportement de toute-puissance.
Protestants français, nous ne partageons pas l’idée même d’un lieu saint, qui serait d’avantage habité par une présence divine qu’un autre. Notre conviction est que Dieu veut que chaque être humain soit respecté dans sa dignité. Nous comprenons l’attachement des juifs à la terre de leurs ancêtres, mais nous n’oublions pas que la première caractéristique de l’Alliance est la proclamation d’une loi. L’état d’Israël ne peut se placer au-dessus du Droit International. Sa crédibilité morale, sa propre intégrité est gravement mise en danger par la répression de tout ce qui, réalité ou fantasme, met en danger sa sécurité, et conduit à des réactions disproportionnées : guerre contre le Liban en 2006, attaque de Gaza en 2009, construction du mur de séparation, implantations de colonies de peuplement autant à Jérusalem Est qu’en Cisjordanie, construction de routes réservées aux seuls colons juifs. Sa politique de colonisation, d’occupation des terres sur lesquelles en termes juridiques il n’a aucun droit, n’est simplement pas légitime. Critiquer ces actes n’est pas faire acte d’antisémitisme. De nombreux juifs, israéliens ou non, les critiquent également.
Les chrétiens signataires du document « kairos » refusent de croire à une solution violente, ils choisissent la voie de la résistance non-violente, proposant comme possibilité le « boycott économique et commercial de tout produit de l’occupation »[1]. Ils ne songent pas à mettre en question le droit d’Israël à l’existence. Nous saluons leur courage et admirons ces choix que nous imaginons difficiles !
Nous recevons cette parole de nos sœurs et frères avec émotion et nous sentons concernés. Nous demandons aux Églises Protestantes de France dans leurs différentes composantes de dire à nos sœurs et frères en Palestine que nous avons entendu leur cri et prenons à cœur de faire ce qui est en notre pouvoir pour soutenir les efforts visant à la justice et à la réconciliation. Nous demandons à ceux qui se rendent sur place de ne pas voir seulement les vieilles pierres mais également les pierres vivantes de l’Eglise. Nous voulons être à l’écoute du programme des visiteurs œcuméniques (programme EAPPI). Nous voulons intervenir auprès de nos responsables politiques pour les informer des souffrances de nos sœurs et frères palestiniens. Nous voulons inviter nos communautés à entrer dans le projet de semaine de prière pour la Palestine proposée par le COE (en 2010 : 29 mai-4 juin).
Il nous faudra aussi reprendre avec courage le dialogue avec nos sœurs et frères juifs de France, dans les instances que nous nous sommes donnés à cet effet.
Nous voulons éviter de paraître comme :
- Des naïfs
Les signataires de ce document ne sont pas optimistes ; mais, du fait de leur foi, ils sont plein d’espérance. Le pasteur Mithri Rabeb, l’un des auteurs du document, a dit : il nous faut, il vous faut de l’espérance. Les terroristes, eux, craignent l’espérance.
- Des antisémites
Nous ne pouvons accepter une lecture messianique de l’histoire du 20e siècle : l’Israël politique ne peut être assimilé sans autre à l’Israël biblique. Critiquer la politique de l’état d’Israël, ce n’est pas de l’antisémitisme ! Au contraire, par amitié pour le judaïsme, ses valeurs, son passé, nous estimons qu’il vaut mieux que l’image que donne à voir la politique israélienne.
- Des pro-palestiniens
Nous savons que pour de multiples raisons, les palestiniens ont recours à des moyens que nous n’approuvons pas. Nous sommes du côté des hommes et des femmes de bonne volonté, d’où qu’ils viennent.
- Des donneurs de leçon.
Nous n’avons pas la solution. Nous savons seulement qu’en l’absence de changement de cap, la paix et la réconciliation seront de plus en plus difficiles à obtenir.
Mais nous ne pouvons pas nous taire plus longtemps, ayant entendu les cris de souffrance de nos sœurs et frères.
Comité directeur de l’ACO-France, 5 avril 2010.
[1] Texte original : 4.2.6 L'appel lancé par des organisations civiles palestiniennes, des organisations internationales, des ONG et certaines institutions religieuses aux individus, entreprises et Etats en faveur d'un boycott économique et commercial de tout produit de l’occupation, s’insère dans la logique de la résistance pacifique.



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