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Prise de position ACO par rapport à "kairos"

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Introduction :

Israël / Palestine : pourquoi réagir à un nouveau texte ?

La question israélo palestinienne est extrêmement complexe et chargée d’émotion, autant en Europe que dans le Moyen Orient. L’ACO doit-elle se préoccuper de ces questions ? Très souvent, trop souvent, l’émotion en fait ne concerne ni la politique ou les souffrances des israéliens ni les souffrances des palestiniens et les injustices subies par eux, mais bien des problèmes non résolus d’antisémitisme ancien ou récent, d’islamophobie, d’intégration de l’islam en Europe, etc… Devant la complexité des faits et les passions soulevées, il est plus facile de se taire.

Il n’est pas possible de dire que les bons sont d’un côté et les méchants de l’autre. Mais voilà que des voix amies s’élèvent, que des chrétiens palestiniens que nous connaissons parlent de manière forte, pour dire leur souffrance, dans un document intitulé « kairos ». Le comité de l’ACO a décidé de se positionner par rapport à ce texte.

Certes, nous ne sommes pas d’accord avec toutes ses affirmations, ainsi, le comité, contrairement à la Cimade, estime que les mesures de boycott seraient contreproductives. Nous devons à nos sœurs et frères dans la foi en Palestine l’écoute de leurs souffrances et un échange en vérité. Nous avons envoyé le texte qui suit à nos partenaires. Nous invitons aujourd’hui nos lecteurs à des actes simples : s’informer, prier, et, lorsque c’est possible, rendre visite aux sœurs et frères dans la foi, et encourager tous les artisans de paix.

On peut trouver le texte intégral de Kairos Palestine sur le site du COE  http://www.oikumene.org . Il y a de vives discussions sur ce document sur le site http://www.chretiensdelamediterranee.com.



Thomas Wild

Le document Kairos-Palestine :
la réaction de l’Action Chrétienne en Orient

En décembre 2009, des chrétiens palestiniens de premier rang ont exprimé de manière forte, sereine et réfléchie leur conviction que le temps était venu d’en appeler au monde pour dire leur souffrance, leur indignation, leur soif de justice et leur espérance. Ce texte a été communiqué à Bethléem. Rédigé par des particuliers, il a été ratifié par la plupart des Églises en Palestine. Il marque comme péché devant Dieu l’occupation des terres palestiniennes et les brimades qui sont infligées au peuple palestinien. Ce texte nous embarrasse, chrétiens européens. Mais comme les juifs du monde entier, et notamment de France, ne veulent se désolidariser des juifs en Israël, nous ne pouvons et ne voulons pas nous désolidariser des chrétiens présents en Palestine.

Il s’agit clairement d’une prise de position émise par des chrétiens. Nous retenons de ce document qu’il évite de placer la question sur le terrain d’un conflit entre religions. Il est simplement question de justice pour ceux qui ont à subir une humiliation et une injustice permanentes.

L’occupation progressive de la terre palestinienne, la confiscation des ressources en eau, le blocus de Gaza ne sont ni justes ni défendables : surtout pas par des arguments théologiques ! Un certain sionisme chrétien est un contre témoignage. Il identifie l’Israël politique, ambigu comme tout état humain et l’Israël biblique, objet des promesses de Dieu. Il légitime avec des arguments théologiques un comportement de toute-puissance.

Protestants français, nous ne partageons pas l’idée même d’un lieu saint, qui serait d’avantage habité par une présence divine qu’un autre. Notre conviction est que Dieu veut que chaque être humain soit respecté dans sa dignité. Nous comprenons l’attachement des juifs à la terre de leurs ancêtres, mais nous n’oublions pas que la première caractéristique de l’Alliance est la proclamation d’une loi. L’état d’Israël ne peut se placer au-dessus du Droit International. Sa crédibilité morale, sa propre intégrité est gravement mise en danger par la répression de tout ce qui, réalité ou fantasme, met en danger sa sécurité, et conduit à des réactions disproportionnées : guerre contre le Liban en 2006, attaque de Gaza en 2009, construction du mur de séparation, implantations de colonies de peuplement autant à Jérusalem Est qu’en Cisjordanie, construction de routes réservées aux seuls colons juifs. Sa politique de colonisation, d’occupation des terres sur lesquelles en termes juridiques il n’a aucun droit, n’est simplement pas légitime. Critiquer ces actes n’est pas faire acte d’antisémitisme. De nombreux juifs, israéliens ou non, les critiquent également.

Les chrétiens signataires du document « kairos » refusent de croire à une solution violente, ils choisissent la voie de la résistance non-violente, proposant comme possibilité le « boycott économique et commercial de tout produit de l’occupation »[1]. Ils ne songent pas à mettre en question le droit d’Israël à l’existence. Nous saluons leur courage et admirons ces choix que nous imaginons difficiles !

Nous recevons cette parole de nos sœurs et frères avec émotion et nous sentons concernés. Nous demandons aux Églises Protestantes de France dans leurs différentes composantes de dire à nos sœurs et frères en Palestine que nous avons entendu leur cri et prenons à cœur de faire ce qui est en notre pouvoir pour soutenir les efforts visant à la justice et à la réconciliation. Nous demandons à ceux qui se rendent sur place de ne pas voir seulement les vieilles pierres mais également les pierres vivantes de l’Eglise. Nous voulons être à l’écoute du programme des visiteurs œcuméniques (programme EAPPI). Nous voulons intervenir auprès de nos responsables politiques pour les informer des souffrances de nos sœurs et frères palestiniens. Nous voulons inviter nos communautés à entrer dans le projet de semaine de prière pour la Palestine proposée par le COE (en 2010 : 29 mai-4 juin).

Il nous faudra aussi reprendre avec courage le dialogue avec nos sœurs et frères juifs de France, dans les instances que nous nous sommes donnés à cet effet.

Nous voulons éviter de paraître comme :

  • Des naïfs

Les signataires de ce document ne sont pas optimistes ; mais, du fait de leur foi, ils sont plein d’espérance. Le pasteur Mithri Rabeb, l’un des auteurs du document, a dit : il nous faut, il vous faut de l’espérance. Les terroristes, eux, craignent l’espérance.

  • Des antisémites

Nous ne pouvons accepter une lecture messianique de l’histoire du 20e siècle : l’Israël politique ne peut être assimilé sans autre à l’Israël biblique. Critiquer la politique de l’état d’Israël, ce n’est pas de l’antisémitisme ! Au contraire, par amitié pour le judaïsme, ses valeurs, son passé, nous estimons qu’il vaut mieux que l’image que donne à voir la politique israélienne.

  • Des pro-palestiniens

Nous savons que pour de multiples raisons, les palestiniens ont recours à des moyens que nous n’approuvons pas. Nous sommes du côté des hommes et des femmes de bonne volonté, d’où qu’ils viennent.

  • Des donneurs de leçon.

Nous n’avons pas la solution. Nous savons seulement qu’en l’absence de changement de cap, la paix et la réconciliation seront de plus en plus difficiles à obtenir.

Mais nous ne pouvons pas nous taire plus longtemps, ayant entendu les cris de souffrance de nos sœurs et frères.

 

Comité directeur de l’ACO-France, 5 avril 2010.

 



[1] Texte original : 4.2.6 L'appel lancé par des organisations civiles palestiniennes, des organisations internationales, des ONG et certaines institutions religieuses aux individus, entreprises et Etats en faveur d'un boycott économique et commercial de tout produit de l’occupation, s’insère dans la logique de la résistance pacifique.

Mise à jour le Lundi, 28 Juin 2010 14:16
 

Des théologiens palestiniens prennent position

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Présentation à la presse du document élaboré par des théologiens palestiniens

et rendu public à Bethléem le 11 décembre 2009 par le Conseil Oecuménique des Églises.

Ce document est la parole qu’adressent au monde les Palestiniens chrétiens à propos de ce qui se passe en Palestine. Leurs souffrances en effet continuent et s’aggravent tandis que la communauté internationale observe en silence la situation.

Notre parole est un cri d’espérance accompagné d’amour, de prière et de confiance en Dieu. Nous nous l’adressons d’abord à nous-mêmes puis à toutes les Églises et à tous les Chrétiens du monde, leur demandant de se lever contre l’injustice et l’apartheid, les pressant de travailler à une paix juste dans notre région, les invitant à revisiter les théologies qui servent de justification aux crimes perpétrés contre notre peuple et à l’expropriation de notre terre.

En ce moment historique, nous Chrétiens palestiniens, nous déclarons que l’occupation militaire de notre terre est un péché contre Dieu et contre l’humanité, et que toute théologie qui légitime l’occupation est éloignée des enseignements chrétiens. La vraie théologie chrétienne est une théologie d’amour et de solidarité avec l’opprimé, un appel à la justice et à l’égalité entre les peuples.

Ce document n’est pas venu spontanément. Il n’est pas non plus le fruit d’une coïncidence. Ce n’est pas une réflexion théologique théorique ni un texte politique, mais plutôt un document de foi et de travail. Son importance tient à l’expression sincère des inquiétudes de notre peuple et à sa perception de ce moment de l’histoire que nous traversons. Il vise à être prophétique en examinant les choses telles qu’elles sont, sans équivoque et avec vigueur. Il présente la fin de l’occupation israélienne de la terre palestinienne et toutes les formes de discrimination comme la solution qui conduira à une paix juste et durable. Le document appelle tous les peuples, tous les dirigeants politiques et religieux, tous les décideurs à faire pression sur Israël et à prendre les mesures qui s’imposent pour contraindre son gouvernement à mettre fin à son oppression et à son mépris du droit international. Il exprime de façon claire que la résistance non-violente à cette injustice est un droit et un devoir pour tous les Palestiniens, y compris les Chrétiens.

Les auteurs de ce texte y ont travaillé depuis plus d’une année, dans la prière, en échangeant leurs points de vue, guidés par leur foi en Dieu et leur amour pour leur peuple. Ils ont pris en compte les avis de nombreux amis : palestiniens, arabes et de la communauté internationale. Nous leur sommes reconnaissants pour la solidarité qu’ils nous témoignent.

Chrétiens palestiniens, nous espérons que ce document marquera un tournant et fournira une orientation aux efforts de toutes les personnes éprises de paix dans le monde, spécialement nos sœurs et nos frères chrétiens. Nous espérons aussi qu’il sera accueilli de façon positive et qu’il recevra un soutien fort, comme ce fut le cas pour le document sud-africain Kairos publié en 1985 et qui s’est révélé à l’époque un outil dans la lutte contre l’oppression et l’occupation. Nous croyons que la libération de l’occupation est de l’intérêt de tous les peuples de la région et du monde entier. Nous sommes convaincus que le problème n’est pas seulement politique, mais qu’il relève d’une morale commune à tous les êtres humains en raison de se effets destructeurs sur les personnes

Nous prions Dieu de nous inspirer tous, en particulier nos dirigeants et ceux qui prennent les décisions politiques, afin de trouver la voie de la justice et de l’égalité, de prendre conscience que c’est la seule voie qui conduit à la paix véritable que nous recherchons.

Sa Béatitude le Patriarche Michel Sabbah - Sa Grace l’Évêque Dr. Munib Younan Son Éminence l’Archevêque Atallah Hanna - Rev. Dr Jamal Khader - Rev. Dr Rafiq Khoury Rev. Dr Mitri Raheb - Rev. Dr Naim Ateek - Rev. Dr Yohana Katanacho - Rev. Fr Fadi Diab Dr Jiries Khoury - Ms Sider Daibes - Ms Nora Kort - Ms Lucy Thaljieh - Mr Nidal Abu Zulof Mr Yusef Daher - Mr Rifat Kassis, coordinateur de l’initiative.

Contact en Palestine : Mgr Michel Sabbah Tél : 00 972 (0)54 970 6405 Courriel : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

 

Mise à jour le Jeudi, 17 Décembre 2009 08:55
 

Un texte de Sabîl

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CHOISISSEZ LA VIE

Message de Sabîl,

Jérusalem, 30 septembre 2009

La situation dans les Territoires occupés, comme à Gaza et à Jérusalem Est, est tragique et désespérée. Israël continue à mettre à mal toute possibilité d’accord pacifique négocié, en créant une situation de fait, sous le nez de la communauté internationale.

Il apparaît de plus en plus clairement qu’Israël a déjà atteint les objectifs qu’il s’était fixé dans les Territoires occupés, et qu’il a son plan pour une solution définitive du conflit, qu’il entend réaliser sans autre débat. Cela signifie que le retrait unilatéral de la Bande Gaza par Israël n’a pas été une décision prise au hasard, mais qu’elle appartient à un programme global consistant à empêcher la constitution d’un Etat palestinien voisin viable et indépendant. En réalité, si Israël avait été intéressé par un accord de paix négocié, il aurait accepté l’initiative globale arabe de paix, qui a été mise sur la table depuis 2002. Il importe de souligner qu’un retrait unilatéral israélien du reliquat d’une Cisjordanie fragmentée, tout en conservant le plein contrôle de l’ensemble des frontières et de leurs points de passage, amènera à une réédition de la situation à Gaza, et de toute la brutalité qui accompagne une telle occupation, comme le récent rapport Goldstone l’a mis en évidence.

Les dirigeants israéliens trompent les délégués palestiniens et internationaux. Ils réalisent leurs ultimes projets, en particulier en accentuant récemment et brusquement leur pression sur Jérusalem Est, et en finalisant leur plan pour mettre un terme au conflit, qui se résume dans les termes suivants :

1-Jérusalem : Israël a déjà décidé du sort de Jérusalem, sans se préoccuper de ce que pensent les Palestiniens, les Arabes, et le reste de la communauté internationale. Jérusalem est déjà judaïsée, et coupée du reste des Territoires occupés par la Mur de l’Hafrada (séparation/apartheid), et par les postes de contrôle.

2- Réfugiés : Israël a décidé du sort des réfugiés palestiniens. Pour Israël, il n’y a aucun DROIT au Retour. Israël a déjà annoncé que toute solution du problème des réfugiés devra se mettre en œuvre hors de l’Etat d’Israël. Sa revendication qu’Israël soit reconnu en tant qu’Etat juif, fait partie de son plan.

3- Frontières : Israël a décidé du tracé final des frontières en construisant le Mur de Séparation. Il importe de préciser qu’Israël y contrôle entrée et sortie de tout Palestinien.

4- Colonies : Israël est engagé dans une course poursuite pour achever son plan de colonisation, en faisant en sorte d’accaparer le plus possible de terres palestiniennes, et d’empêcher la constitution d’un Etat palestinien voisin.

. . . / . . .

Dans la perspective de l’aile droite religieuse israélienne, Israël ne doit pas se conformer au droit international ou à la Déclaration universelle des Droits humains. Il n’a à se conformer qu’à l’exigence du « Droit divin ».Ce qui veut dire, pour eux, que tout le pays (Ndt. la Terre) appartient exclusivement à Israël, sans laisser de place aux Palestiniens.

Israël fait tout pour s’attirer troubles, instabilité, et violence. Un mouvement populaire est en train de se développer en Cisjordanie. En particulier, la campagne Boycott, Désinvestissement, et Sanctions (BDS) se répand aussi à travers le monde. Un règlement négocié sur la base du Droit international est dans l’intérêt de toutes les parties en cause, et il est réalisable.

La communauté internationale, y compris les Etats-Unis et l’Europe, doit habiliter les Nations Unies, et leur confier le soin de résoudre le conflit sur la base du Droit international. Les Nations Unies ont les moyens d’agir à cet effet, mais encore faut-il qu’elles y soient habilitées.

Enfin, il est important que les dirigeants israéliens réfléchissent à ce que dit leur propre Bible. Avant sa mort, Moïse convoqua les enfants d’Israël, et leur rappela les termes de la Loi et de l’Alliance : « Aujourd’hui, j’ai placé devant toi la vie et la prospérité …la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie afin que toi et tes descendants, vous puissiez vivre … » (Deutéronome 30, 15-19).

L’Etat d’Israël, avec ses dirigeants actuels, va-t-il choisir l’adversité et la mort ? Au premier abord, son choix peut paraître à beaucoup d’Israéliens celui de la vie et de la prospérité, m ais dans le contexte régional qui est le sien, Israël n’a aucun avenir au Moyen-Orient s’il n’apporte pas une solution juste au conflit palestinien. L’injustice va de pair avec l’adversité et la mort, tandis que la paix, la prospérité et la vie habitent la pratique de la justice.

Sabeel Ecumenical Liberation Theology Centre

Jerusalem, 30 septembre 2009

P.S. Sabîl condamne énergiquement le report de la discussion du rapport Goldstone sur la guerre d’Israël contre Gaza, à la Commission des Droits humains des Nations Unies, à Genève. Ce rapport doit avoir une suite, la Justice doit suivre son cours, et les coupables ne doivent pas s’en sortir impunément.

Mise à jour le Mercredi, 18 Novembre 2009 08:59
 

Signes d'espérance

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Lors de la 13e assemblée de la Conférence des Églises Européennes, l'évêque luthérien de Jérusalem, le Dr. Munib A. Younan, a donné le message que nous vous transmettons ci-dessous. Merci à Gilbert Charbonnier qui nous a transmis ce document.



SIGNES D’ ESPERANCE

Dr Munib A. Younan, évêque de l’Eglise évangélique luthérienne en Jordanie

et en Terre sainte (EELJTS)

I Pierre 1, 3-12  (Trad. T.O.B.) :

«  Béni soit Dieu, le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ : dans sa grande « miséricorde, il nous a fait renaître pour une espérance vivante, par la résurrection de « Jésus Christ d’entre les morts, pour un héritage qui ne se peut corrompre, ni « souiller, ni flétrir ; héritage qui vous est réservé dans les cieux, à vous que la « puissance de Dieu garde par la foi pour le salut prêt à se révéler au moment de la « fin.

« Aussi tressaillez-vous d’allégresse même s’il faut que, pour un peu de temps, vous « soyez affligés par diverses épreuves, afin que la valeur éprouvée de votre foi –« beaucoup plus précieuse que l’or périssable qui pourtant est éprouvé par le feu – « provoque louange, gloire et honneur lors de la révélation de Jésus-Christ,

« Lui que vous aimez sans l’avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore ; aussi « tressaillez-vous d’une joie ineffable et glorieuse, en remportant comme prix de la foi, « le salut de vos âmes.

« Sur ce salut ont porté ;les recherches et les investigations des prophètes qui ont « prophétisé au sujet de la grâce qui vous est destinée : ils recherchaient à quel « temps et à quelles circonstances se rapportaient les indications données par l’Esprit « du Christ qui étaient présents en eux, quand il attestait par avance les souffrances « réservées au Christ et la gloire qui les suivrait.

« Il leur fut révélé que ce n’était pas pour eux-mêmes, mais pour vous qu’ils « transmettaient ce message, que maintenant les prédicateurs de l’Evangile vous ont « communiqué sous l’action de l’Esprit saint envoyé du ciel, et dans lequel les anges « désirent plonger leurs regards. »

Chers soeurs et frères en Christ,

Nouvelle naissance, résurrection, héritage, protection, salut, réjouissance, amour, joie, grâce, gloire, évangile – ce texte de la première épître de Pierre est rempli de paroles d’espérances. En cette époque de troubles politiques, d’incertitude économique, de réchauffement planétaire, de maladies contagieuses, de pandémies, d’épidémies, de défis extrémistes ou autres, il convient de centrer notre attention vers les signes d’espérance. C’est aussi bien que vous ayez demandé à quelqu’un arrivant d’une situation souvent considérée comme désespérée de vous apporter des paroles d’espoir. Membre d’une Eglise minoritaire dans une partie du monde où l’on ne peut qu’espérer l’établissement d’une paix fondée sur la justice, je connais une ou deux choses sur le discernement de signes d’espérance au milieu de défis innombrables.

C’est pour cette raison que j’ai choisi comme texte pour aujourd’hui ce bel hymne à la résurrection – signe fondamental de l’espérance -. La résurrection de Jésus Christ est le centre de notre espérance, le centre de la vie. Elle est au cœur des évangiles qui ont été rédigés à partir même de la résurrection. C’est par elle que Jésus s’est révélé comme Seigneur et Sauveur. C’est à cause de la résurrection que l’Eglise primitive a reçu la puissance de l’Esprit. C’est à cause de la résurrection que les premiers chrétiens ont pu envisager le futur et trouver une espérance vivante dans la vie éternelle. De la même façon, aujourd’hui, nous sommes incapables de penser le futur, mais à cause de la résurrection nous pouvons espérer à l’époque actuelle, et espérer pour le futur. C’est pourquoi Paul écrit : « Si Christ n’est pas ressuscité, notre foi est illusoire, et vous êtes encore dans vos péchés » (I Co. 15,17). Ainsi donc la résurrection est la source de l’espérance.

Un théologien a dit une fois, « L’espérance est la compagne inséparable de la foi ». La foi croit en Dieu, et l’espérance attend le moment où cette vérité sera confirmée. La foi est le fondement de l’espérance, et l’espérance s’applique à nourrir, à affermir, et à renouveler la force vive de la foi. Le théologien Jürgen Moltmann déclare, « Dans la vie chrétienne, la foi est première, mais l’espérance à la primauté » (Théologie de l’Espérance, 2002). Sans espérance, la foi s’affaiblit et meurt. Martin Luther écrit, « La foi est donc comme la dialectique : elle élabore l’idée de tous les éléments de ce qui doit être cru. Et l’espérance est comme la rhétorique : elle développe, elle met en oeuvre, elle persuade et exhorte à la fermeté pour que la foi ne succombe pas à la tentation, mais qu’elle conserve la parole et s’y tienne fermement. (Œuvres de Luther, 23-24).Quelle est la nature de cette espérance issue de la résurrection de ,Jésus Christ ? Ce n’est pas une espérance qui aspire à une vie après la mort, comme si la vie sur terre n’avait ni valeur ni signification. Au contraire, c’est une espérance qui nous amène à considérer la vie ici sur terre dans la perspective des valeurs éternelles : l’amour, la sainteté et la communion avec Dieu et les saints.

En ces lieux où le ciel a rencontré la terre, dans la divinité et l’humanité de Jésus Christ, il y a beaucoup d’églises. Même si notre Eglise évangélique luthérienne est bien jeune par rapport à beaucoup d’entre elles, nous faisons partie intégrante des 2000 ans d’histoire de la chrétienté, qui commença alors que les premiers témoins de la résurrection partirent de Jérusalem pour aller jusqu’aux confins de la terre. Des siècles plus tard des missionnaires protestants arrivèrent, et ravivèrent l’Evangile par des œuvres diaconales et de mission. En conséquence, mon Eglise célèbre cette année les 170 ans de la mission protestante, les 50 ans de la reconnaissance royale de la création de son synode, et les 30 ans de la création d’un évêché arabe. Nous vivons tous les jours de cet héritage qui est une forme de notre expérience de la résurrection.

Un jour, Martin Luther a dit, “Si je savais que Christ devait venir demain, je planterais un pommier aujourd’hui ». Nous, chrétiens palestiniens, qui vivons dans une situation sans espoir, nous plantons néanmoins tous les jours des oliviers symboliques et bien réels en donnant à notre peuple des signes d’espérance, et en lui rappelant que rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu.

Maintenant, permettez-moi de planter des oliviers ici, à Lyon, en partageant avec vous des signes d’espérance en provenance de mon Eglise, signes dont l’existence est l’expression de notre profonde foi dans le Seigneur ressuscité.

Un signe d’espérance: notre travail ecclésial

Dieu appelle l’Eglise évangélique luthérienne à proclamer l’Evangile dans un contexte arabe, en Terre sainte.

Prêcher et célébrer les sacrements est toujours un signe clair d’espérance. Parallèlement à ces prédications et à ces célébrations des sacrements dans nos assemblées, nous servons nos communautés, nous éduquons nos enfants, nous assurons la promotion de nos femmes, et nous formons les futurs responsables de l’Eglise.

Un signe d’espérance: notre ministère œcuménique

L’Eglise évangélique luthérienne en Jordanie et en Terre sainte agit en étroite relation avec les autres églises chrétiennes en Terre sainte et au Moyen-Orient afin, de comprendre les circonstances difficiles et souvent pénibles de la vie quotidienne en Israël et en Palestine. Etant donné l’alternative entre vivre et témoigner ensemble ou mourir tout seul, nous choisissons de témoigner ensemble. Permettez-moi d’aborder quelques uns des sujets et des efforts partagés des Eglises de Jérusalem.

1. Emigration des chrétiens : En 1948, les chrétiens représentaient plus de 26 % de la population d’Israël-Palestine. Principalement du fait de l’émigration, ce chiffre est tombé à moins de 2 pour cent aujourd’hui. Pour endiguer la vague d’émigration, les Eglises chrétiennes travaillent ensemble pour encourager les personnes à rester par l’éducation, la création d’emplois, le développement de l’habitat et le renforcement des institutions ecclésiastiques

2. Une Jérusalem partagée: Jérusalem est le foyer spirituel des trois religions abrahamiques. Notre perspective est celle d’un futur partagé dans une ville partagée. Nous rejetons toute prétention à un accès à Jérusalem exclusivement réservé à quelque religion que ce soit. Chacun doit conserver sa propre identité, et avoir le libre accès à ses lieux saints. Ceci ne sera possible que s’il est vraiment convenu que c’est le chemin voulu par Dieu.

Les patriarches et responsables des Eglises locales chrétiennes appellent ensemble à une ville de Jérusalem ouverte à tous les résidents et à tous les pèlerins, où le droit de propriété soit respecté, et dont les lieux saints soient accessibles à tous les fidèles.

3. L’accord luthéro-réformé de reconnaissance mutuelle, signé par sept églises de la région, en 2006, a été une étape importante pour les églises protestantes au Moyen-Orient. Des missions étrangères plantèrent des églises ici et là, au cours des ans, ravivant l’Evangile parmi nous. Il est maintenant de notre responsabilité de prêcher l’Evangile, de célébrer les sacrements, et de poursuivre le renouveau du témoignage évangélique. C’est pourquoi mon église, par l’intermédiaire de la Communauté des Eglises évangéliques du Moyen-Orient, a pris l’initiative de cet effort de reconnaissance mutuelle.

4. Accompagnement – Nos relations d’accompagnement avec nos partenaires sont une grande source d’espérance. Dans l’accompagnement, les partenaires marchent ensemble comme le Christ a cheminé avec les disciples sur le chemin d’Emmaüs. Dans l’accompagnement, nous nous ,trouvons revigorés en rompant le pain ensemble, en allant dans le monde pour enseigner, prêcher, baptiser, et en faisant de nous-mêmes et des autres ses disciples. En nous accompagnant les uns les autres, il nous est rappelé que nous sommes interdépendants ; pas indépendants.

Un signe d’espérance: notre ministère interreligieux

Malgré des circonstances politiques tendues, l’Eglise évangélique luthérienne continue à engager le dialogue interreligieux, en s’efforçant de contribuer à une paix juste au Moyen Orient. Par le dialogue interreligieux, nous soutenons les contributions de chaque religion en faveur des valeurs de la justice, de la paix, de la réconciliation, de la coexistence, du pardon et de la tolérance.

Nos efforts interreligieux incluent le dialogue judéo chrétien dans le groupe de dialogue de Jonas, et le dialogue islamo chrétien qui comprend des déclarations de respect mutuel comme celle d’Amman en 2008. Dialogue et coopération entre les trois religions sont facilités par le Conseil des Institutions religieuses en Terre sainte, créé en 2005 pour développer la compréhension et la coopération interreligieuses.

Un signe d’espérance: notre ministère de réconciliation

Certains considèrent que la recherche de la paix est une démarche trop politique. Mais pour moi, faire la paix n’est pas seulement politique ; c’est biblique. Quand les réalités politiques amènent mon peuple à perdre la foi, ce n’est plus un problème politique, mais une question spirituelle. C’est pourquoi l’Eglise évangélique luthérienne est profondément engagée dans la recherche de la réconciliation dans ce pays. Je crois qu’une vraie réconciliation a les caractères suivants :

  1. Une réconciliation véritable peut se développer seulement dans une culture de véracité.
  2. La réconciliation se construit sur la justice, et la fruit de la justice est la paix.
  3. Pour arriver à une vraie réconciliation, nous devons être désireux de pardonner.

Un signe d’espérance: un nouveau jour s’est levé

Dans son hymne à la résurrection, St Pierre nous encourage quand il dit : « Aussi tressaillez d’allégresse même s’il faut que, pour un peu de temps, vous « soyez affligés par diverses épreuves ».

L’Eglise évangélique luthérienne en Jordanie et en Terre sainte est une église qui souffre. Mais cette église dit que puisqu’il y a un Seigneur vivant, il y a une espérance pour le Moyen-Orient. Fortifiée par la résurrection, notre Eglise est devenue un instrument de paix, un agent de justice, une lumière d’espérance, un défenseur des droits de l’homme, y compris des droits des femmes, un promoteur du dialogue interreligieux, et un ministre de la réconciliation.

Mes sœurs et frères, nous agissons comme une église vivante, pleine d’espérance, à l’aube d’un nouveau jour. Ne nous oubliez pas. Ne nous laissez pas seuls. Prier pour nous,car notre mission est la vôtre, et la vôtre est la nôtre

Dieu vous bénisse.

 

 

Mise à jour le Mardi, 01 Septembre 2009 16:30
 



Infos brèves

Talat Pasha était l'un des principaux organisateurs du génocide arménien. Il a été placé devant une cour martiale en 1919-1920 pour ces faits. Il a été assassiné à Berlin en 1921 par un arménien. Sa veuve, peu de temps avant sa mort, a confié des documents à un éditeur, M. Bardakci. Celui-ci, probablement sans le vouloir, a donné des éléments historiques qui permettent de mieux asseoir la thèse d'un génocide systématique à l'encontre des arméniens en éditant ces documents. En effet, on apprend dans ce document que 1 256 000 arméniens vivaient dans l'empire ottoman selon ses propres statistiques avant 1915, et que ce nombre est tombé à 284 157 deux ans plus tard.